Chapitre 6 : Ma vie de garçon

Publié le par Andre.G

 

Ma vie de garçon d’épicier célibataire reprit chez les BASSALER au 4ème trimestre 1953, monsieur Bassaler étant auvergnat, son épouse née au Brésil était revenue très jeune en France.

 

Après s’être mariés, ils ont travaillé dans de grandes épiceries à Paris, notamment chez Poivre, puis se sont installés à leur compte en achetant une épicerie à Bois Colombes.

 

Par la suite c’est au 4 rue Saint Roch à Bonneval qu’ils se sont installés. Venant d’une plus grande ville, ils n’étaient pas très habitués à ce commerce de province et aux mentalités de notre campagne. Ils n’étaient pas toujours à l’aise dans ce transfert, ma bonne volonté et mon travail sont parvenus à aplanir pas mal de difficultés.

Je fus un collaborateur bien complémentaire pour les aider à se familiariser aux habitudes et au comportement des beaucerons.

Leur confiance m’a aussi beaucoup apporté pour me former

 

Madame Bassaler se reposait sur moi pour recevoir les représentants et passer les commandes judicieuses. Quant à monsieur Bassaler, c’est lui qui assumait les tournés de campagne avec un employé, moi-même rarement et avec un apprenti.

Ces tournés s’était 4 jours par semaine, du mardi au vendredi. Le lundi matin pour monsieur Bassaler s’était la torréfaction du café, l’après-midi il se rendait à Chartres pour certains approvisionnements. Il assumait la comptabilité, il faut reconnaître que c’était un très bon gestionnaire.

Tôt le matin, on allait chercher le camion au garage, pour en assurer le réassortiment. J’avais construit des rayons de bois, de la cave au grenier d’où l’on se servait pour charger le camion. L’objectif était de ne pas démunir le magasin.

On prenait le petit déjeuner, puis à 8heures le camion partait au porte à porte. Les clients étaient très satisfaits de ce service, car à l’époque il y avait encore beaucoup à faire dans les fermes, élevages, culture et céréalières.

 

Nous conditionnions encre beaucoup de produits solides et liquides qui nous étaient livrés en grandes contenances. Certains produits lourds et encombrants étaient stockés dans un entrepôt à Saint-Michel à 500m du magasin.

 

Je me rappelle que je chargeais seul un fut métallique de 200 litres d’huile sur un chariot particulier, un haquet spécial pour le transport des fûts, un long chariot étroit de 3 mètres de long, avec un timon pour le tirer, avec un fond concave pour maintenir le fût en place. Je déchargeais mon fût au magasin, il fallait monter les 2 marches de pierre et le faire basculer sur le plancher du magasin, le redresser pour y introduire la pompe à globe de verre graduée pour en mesurer la quantité extraite. Elle était munie d’une manivelle pour le pompage.

J’en ai remplis des bouteilles d’huile !! La suite était la pose des étiquettes, il ne fallait pas qu’elles soient ‘ bancales’ et toutes à la même hauteur. Pour ce faire j’avais confectionné un gabarit avec une boite à camembert en bois (comme un L) en le posant au fond des bouteilles, pour que ces étiquettes soient toutes à la même hauteur et de niveau.

 

Le plus laborieux était le lavage des bouteilles. Il fallait chauffer de l’eau dans une grande casse en fonte, posée sur un foyer en maçonnerie, que l’on chauffait avec des cageots et du carton. A la sortie de la guerre, il n’y avait que du cristal de soude pour faire ce nettoyage, ensuite sont apparus les lessives modernes Omo et Persil.

Quel soulagement !! Les bouteilles étaient bien plus vite dégraissées, ensuite un rinçage à l’eau froide et prête pour le remplissage.

Les bouteilles vides reprises étaient stockées à l’extérieur dans des casiers, qu’il fallait avant de les remplir d’eau chaude les poser sur la chaudière, pour quelque peu les réchauffer, du fait que l’hiver avec une trop grande variation de température, elles éclataient.

 

Au magasin, madame Bassaler assurait l’accueil des clients et des ventes assistée par un ou une apprenti et c’est le mardi que reprenaient les tournées de campagne. Le samedi était réservé à la livraison en ville, pour les commandes que j ‘avais pris le jeudi. C’était ce jour que je sillonnais méthodiquement les rues de Bonneval, à vélo prospectant avec ma valise, présentant de nouveaux produits en promotion et effectuant parfois des démonstrations.

Les ‘Bassaler’ m’octroyaient un pourcentage sur les prises de commandes. Ce mode de livraison avec un camion de tournée avait déjà été instauré par leur prédécesseur monsieur Peigné. Au début, je livrais tous mes clients avec un triporteur, mais les livraisons et les quantitatifs prenaient déjà de l’ampleur. J’avais de la marchandise à l’intérieur du triporteur, des caisses et des casiers sur le toit à couvercle. C’est tout juste si je pouvais conduire, un jour même j’ai versé mon triporteur sur la place Leroux à Bonneval.

Vous imaginez les bouteilles de javel en verre de 2 litres, les sacs de sucre en papier kraft de 5 kilos. Les produits concentrés n’existaient pas.

A propos de l’eau de Javel, nous la recevions, en longues caisses en bois de 10 bouteilles, c’était très lourd.

 

Au temps de monsieur Peigné, nous allions en tournée avec une camionnette et une remorque, pour compléments de caisses de liquides. On distinguait ces 2 camionnettes surnommées Valentine et Pogotine.

 

Quand monsieur Bassaler eut bien l’affaire en main et s’était acquitté du remboursement de son fond, il acheta une camionnette neuve. Un tube Citroën avec des rayonnages bien pensés pour une meilleure exploitation de la surface et une galerie pour stocker les casiers de bouteilles.

 

Pendant ces années, mon salaire s’était amélioré, je gagnais environ 2500 francs par mois. Cette paye était donnée à mes parents, qui devenaient de plus en plus pauvres. Mes patrons voyant la modeste vie que je menais, m’interrogeaient   André que fais-tu donc de ton argent ? il faut en placer à la Caisse d’Epargne ‘ et c’est sur ce conseil que je commençais à placer un peu d’argent.

 

En résumé, pendant ces années je me suis formé professionnellement, prenant les responsabilités que m’autorisaient mes patrons. Gérant les stocks, recevant les représentants, le temps passait, j’avais 25 ans et je pensais au mariage.

Ce n’est pas à ce rythme de vie, toujours au travail que j’allais faire la rencontre de la femme de ma vie. Il faut dire que dimanches et jours fériés, ainsi que pendant les congés annuels d’été, j’aidais mes parents à la ferme et ce depuis l’âge de 13 ou 14 ans.

A cet âge, j’avais bien envie de sortir, comme les autres garçons de mon âge qui venaient me chercher à la maison pour la fête du village ou du bal. C’était le refus catégorique de ma mère, je l’entends encore ‘ Il sortira quand il aura son certificat d’étude’

Un peu plus tard, j’ai senti ma mère quelque peu gênée, elle m’autorisait à sortir et même me faire danser à la fête du Grand Bois, la saint Michel et les brandons. Elle culpabilisait de ne pas m’avoir laissé ma jeunesse s’épanouir. C’est ainsi la vie !! 

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Publié dans Autobiographie

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