Chapitre 2 : le travail à la ferme
A la maison, nous les enfants, avions divers travaux à effectuer, préparer le petit bois pour allumer le feu le matin à la cuisine, donner le grain aux poules, en veillant à donner la bonne mesure pour qu’il n’y a pas de gâchis, sous l’œil vigilant de notre père ‘donner juste ce qu’il faut, pas trop, ni trop peu ‘
La responsabilité s’apprenait très tôt nos parents n’étaient pas très disponibles pour de futiles attentions. Etant le plus âgé, je devais également faire attention aux frères et sœur.
Nos parents c’était travailler et encore travailler, pour assurer ce que l’on appelle aujourd’hui le minimum vital. Bien avant l’adolescence, j’avais pris conscience que le travail était une nécessité et sans avoir à me poser la question, je n’avais qu’à suivre l’exemple de mes parents.
Au Grand Bois, il y avait une trentaine de familles, composées de 2 à 10 enfants Je nous revois encore sur le chemin de l’école, en culottes courtes même en hiver, galoches avec semelles en bois ferrées, pour ne pas les user trop vite. Je me souviens aussi des remontrances et remarques de notre père lorsqu’il était obligé de réparer nos galoches, en nous traitant de traînes savates. Ces semelles étaient recouvertes de wold mine et pendant la guerre avec des vieux morceaux de pneus, pour ne pas les user trop vite.
En grandissant, les enfants participaient aux différents travaux et aidaient les parents dans leur travail quotidien, pour les soulager quelque peu de leur fatigue. Avec du recul, j’ai l’impression que leur travail ne finissait jamais. Espérons-nous de l’argent pour ce travail effectué ? Certainement pas, nous ne trouvions ça normal. La récompense c’était l’amour pur pour cette vie de partage compris.
Certains jours, grand-mère nous faisait des gaufres, elle graissait le gaufrier avec un cousin de saindoux. A mardi gras elle faisait des éroussettes (roussettes) plus tôt de la pâte maigre, taillée en losange, puis elle plongeait cette pâtisserie, dans la friture de saindoux. Elle en emplissait de pleins paniers.
Au cœur de l’hiver mon père préparait des ‘yans’ (des liens) une poignée de paille de seigle dans chaque main, il les unissait en faisant un nœud particulier. Ces liens étaient utilisés au moment de la fenaison pour confectionner des bottes de fourrage. Nous avions un champ spécial, pauvre et pierreux pour la culture du seigle.
J’ai connu à cette occasion, la maladie de l’épi de seigle, qui donnait un grain atrophié noir comme du charbon. J’ai su plus tard que c’était l’ergotine servant à fabriquer un médicament de ce nom.
J’ai appris à faire des corbeilles en seigle. J’allais chercher dans les buissons, de longues tiges de ronces. Il fallait les couper en deux dans le sens de la longueur, puis enlever la moelle intérieure, pour devenir des liens pour tresser en rond de la paille de seigle, pour devenir de jolies corbeilles. Elles servaient de mesures pour l’avoine des chevaux et aussi aux fermières pour dénicher les poules.
Je fabriquais également, des tournettes. J’allais dans le bois chercher un végétal ligneux et rampant. Cela ressemblait de par ses feuilles à du troène, on appelait cela du tréniau, (trainant à terre), ah ce n’était pas viande prête. J’enroulais ces longues tiges en rond, dans une lessiveuse galvanisée remplie d’eau, puis mettais à bouillir sur la cuisinière et ce au moment importun, ou la maîtresse de maison n’avait pas à cuisiner. J’enlevais les ronds de la crinière jusqu’au diamètre de la lessiveuse pour pouvoir bouillir rapidement. Après cette opération, c’était l’épluchage, enlever avec une toile de sac de jute, serrant dans une main la tige, l’écorce s’enlevait facilement, il était comme un sous neuf, prêt à être travaillé.
Je me procurais dans le bois de mon oncle, un jeune chêne de 5 à 7 cm de diamètre qui fendu en croix, servait au tissage du traîneau et réalisais aussi de petits plateaux de 30 cm de diamètre, servant à retourner les fromages maison, d’où le nom de tournette. L’un sur l’autre les fromages étaient salés retournés pour l’affinage.
Ce matériel usé (la déchetterie) non, la terre donne et reprend tout.
Avec ma mère, nous faisions du beurre, au début on bat la crème dans un pot de lait, avec un barreau, une espèce de bâton avec une rondelle de bois à son extrémité. On frappe jusqu’à l’obtention de beurre. Par la suite, nous avons fait l’acquisition d’une petite baratte, genre de petit fut avec une hélice à l’intérieur entraîné par une manivelle. Quel progrès pour nous ce changement !!
Aux premiers beaux jours, mon père préparait le jardin, ses graines provenaient de chez Clause. Notre jardin était fertile et nous procurait de bons légumes, on y trouvait aussi un bon nombre de fleurs. Pour mes parents le jardin, c’était aussi un moment de détente, l’équivalent de ce nous dirions aujourd’hui, un hobby.
La tradition voulait que chaque dimanche matin, mon père balayait la cour de la ferme, avec un énorme balaie en bouleau. C’était le dimanche que la famille nous rendait visite et il était important à ses yeux que la cour soit propre.
L’hiver, il y avait moins de travail dans les champs et mon père allait couper du bois à façon, chez des connaissances. Moitié pour le propriétaire, moitié pour le bûcheron. A cette époque pas de tronçonneuse, il fallait abattre l’arbre à la cognée : un coup de face un coup de biais, jusqu’à ce que l’arbre tombe. Les branchages étaient utilisés pour faire des fagots.
Pour ce faire on n’avait un portant sommaire, fabriqué pour la circonstance, avec un support en forme de V, pour y déposer les branchages, nommé le bourri. La corde attachée au bourri et grâce à un levier de pression permettant de ligoter la bourrée de fagot.
Les troncs étaient débités en longueur de 1 mètre et mis en stére.
Quand le temps le permettait, nous partions avec une charrette à grandes roues de bois attelée à deux chevaux. J’ai pu dans ces circonstances apprécier les compétences de charretier de mon père dans des conditions difficiles sur les chemins de bois défoncés. L’attelage des chevaux était dirigé par l’intonation de la voix, mettant tout leur courage, les muscles tendus, presque ventre à terre pour arracher la cargaison.
Cela se passait à la ferme des Lubineries commune de saint Eman ou le Loir prend sa source
Puis il fallait rentrer à Saumeray distant de 15 ou 16 kms, (ça t’occupe !!) il y en avait du travail dans ces années-là.
Pendant ce temps, ma mère était affairée à tout le travail de la maison La cuisine élémentaire. La potée, des légumes secs en hiver, on mangeait des harengs salés avec des pommes de terre en robe des champs, fromage maison. En février la fromagée, nos fromages coupés en lamelles croisées, déposés dans une terrine et ente chaque couche était intercalé un peu de poivre. Ces pots étaient affinés en cave, c’était bien bon.
Bien sur les animaux occupaient beaucoup de temps, les soigner, les traire les vaches, la basse- cour aussi qui nous donnait œufs et viande.
Et le linge, pas de machine à laver encore, au baquet, sur une planche à laver, pour frotter à la brosse les vêtements. Les pantalons et vestes à réparer, les habits usés jusqu’à la corde. Ma mère en a passé des heures, la nuit à repriser les chaussettes et réparer ces vêtements, pour ne pas à avoir à renouveler la garde-robe trop souvent. Dans ce domaine peu de dépenses et le moins souvent.
A cause de la précarité financière, on changeait de linge, nous les hommes une fois par semaine, sauf bien entendu en cas de force majeure.
Le petit linge à laver, ma mère le mettait dans une grande lessiveuse galvanisée, avec un tube en forme champignon au centre permettant d’asperger le linge. Elle était mise à bouillir sur la cuisinière. Le seul moyen que nous avions pour cuire et chauffer la maison. Nous avions une lampe à alcool pour chauffer avec une petite casserole le lait ou le café.
J’aime mieux vous dire, que quand après la guerre, le gaz butane a fait son apparition, quelle révolution ! Le petit meuble, la bouteille de gaz dessous et les deux brûleurs quelle avancée.
Quand le linge avait bouilli, le lendemain, une femme de journée, embauchée pour cette occasion, allait le rincer à Saumeray dans le Loir à deux kilomètres. Honorine partait avec sa brouette et la lessiveuse. Ce travail consistait à la rivière, s’agenouiller au niveau de l’eau et battoir à la main frapper le linge pour le rincer. Puis ce travail treminé, elle rentrait au grand bois.
Quand devenu plus vielle et non valide, mon père la conduisait, avec le cheval et la carriole, sans oublier d’aller la chercher le soir. En passant, cette femme de petite corpulence, toujours embauchée comme journalière, proposait son aide lors des naissances, pour s’occuper du linge et préparer les repas. Lors des festivités de mariages, je me souviens d’elle en toilette et petit tablier blanc. (Formation, connais pas !! c’est beau non !!)
Quand les jours commençaient à rallonger vers la fin de l’hiver, c’était la préparation des terres des champs, pour les premiers semis de printemps, l’orge et l’avoine. Un semoir à rayons tracté par un cheval, réalisant les semis en ligne. Pour les semis de certaines plantes, par exemple le trèfle ou la luzerne, mon grand-père avait appris le semis manuel à la volée, il enfilait un semoir en toile blanche par la tête, il tenait dans sa main gauche, la toile pendante, en réalisant une poche, pour contenir les graines. Rythmant son pas, avec le geste de la main droite, pour semer régulièrement à la volée.
C’était aussi le temps du bêchage du jardin.
En hiver, pour les exploitants les plus à l’aise financièrement, pouvaient attendre pour vendre leur grain
Mon père était souvent sollicité au moment des battages, pour mettre la paille en meules, il en avait l’expérience et un savoir-faire. Ces meules ressemblaient à des maisons, avec une forme en toit bien pentu, pour que l’eau n’y pénètre pas. Des mois après cette paille restaient secs et blanche comme au premier jour.
Chaque année, ma mère suppliait l’entrepreneur de battage pour avoir de l’argent et du grain, pour subvenir aux dépenses de l’exploitation et de la famille. L’entrepreneur se déplaçait d’une ferme à l’autre, avec tout son matériel.
J’ai comme souvenir, les machines à vapeur, pour l’entraînement de la batteuse. Vers midi, la vapeur était lâchée dans un grand sifflement signifiant que c’était l’heure du repas.
Le grain tombait dans des sacs en jute, qui étaient entreposés au grenier ou dans des charrettes pour être livrés à la coopérative. La paille était liée en botte par une presse. Je précise au passage, que cette paille pouvait aussi être vendue pour la réalisation de toits en chaume. Elle était alors peignée et débarrassée de divers plantes ayant poussées dans les champs. Pour ce faire, nous avions un diable à peigne, à dos arrondi, avec des piquants de bois de 15 à 20 centimètres, posé à hauteur d’homme.
Cette paille propre était prête à assurer la restauration ou mise en œuvre des toits des maisons ou bâtiments agricoles.
Mon père restaurait, les granges de l’exploitation une fois par an.
Dans les petites exploitations on tuait le cochon, une fois par an. Dans les fermes les plus importantes, c’était plusieurs fois, il fallait nourrir le personnel. C’était toujours un moment festif, on allait avoir du bon manger, des côtelettes, du boudin, de la saucisse.
Pour ce faire nous avions recours au ‘tueux de cochon’, il était payé à façon, à la journée. Il arrivait le matin et le soir le cochon était transformé, un quart en partie charcuteries environ et le restant mis au saloir, pour avoir de la viande pour l’année.
On profitait de cette occasion, pour porter aux voisins du boudin, un signe de reconnaissance pour services rendus.
Au village seulement, deux ou trois exploitants, plus à l’aise, avaient une automobile. Ils étaient toujours disponibles, sans évoquer la dépense et le dérangement, ils nous véhiculaient en ville, pour une hospitalisation ou une visite à un malade. Alors lorsque nous tuions le cochon, nous pensions à eux en leur portant un peu de boudin et de saucisse.
On mangeait, souvent de la potée, le bouillon pour la soupe. C’était un bouillon bien clair, dans lequel on mettait quelques tranches de pain. Pour certain, le cochon devait faire une année et était réservé pour les grandes occasions.
A l’adolescence, vers 12 ou 13 ans, petit à petit, je fus plus engagé et impliqué par nécessité à partager le travail de la ferme familiale.
En hiver, on nourrissait les bêtes avec les réserves de foin et de betteraves. Pour des raisons de conservation, ces betteraves étaient mises en silo à l’extérieur. C’était un tas de betteraves recouvertes de paille et de terre. Tous les jours, plusieurs brouettes étaient rentrées dans la grange, pour être passées à la coupe racines C’était une machine manuelle, posée sur quatre pieds en bois, avec une trémie et une roue munie de lames. On tournait la manivelle d’une main et de l’autre on alimentait la machine. Il en sortait des rondelles de betteraves, qui mélangées à de la balle de blé, étaient distribuées aux vaches, à l’aide de grands paniers ovales en lattes de chêne tressée. C’était bien lourd et le gamin que j’étais s’en souvient bien.
Quand l’hiver s’acheminait, les réserves pour les animaux s’épuisaient, dès lors que la nature offrait à nouveau sa providence, j’allais par les chemins creux et les routes secondaires, faire paître les vaches cette herbe nouvelle.
Par un nœud coulissant, j’attachais une vache par les cornes à une corde de trois mètres de long et j’allais par les chemins avec deux ou trois vaches. Là où cela se compliquait, c’était l’arrivée d’une charrette ou du boulanger. Il fallait rassembler les vaches du même côté, pour libérer le passage. Quand j’y pense à la dose de l’humilité nécessaire pour se montrer tel que nous étions !! Certainement le contraire de l’orgueil.
Je gardais les vaches libres dans les prés et les champs de l’exploitation, pour ne pas les laisser paître dans les champs du voisin.
Si une vache allait manger des pommes à la saison, il ne fallait pas aller la chercher en la faisant courir cela pouvait l’étouffer avec une pomme dans la gorge.
Surtout ne pas les laisser paître de l’herbe trop tendre, car cela pouvait vite faire une fermentation dans l’estomac et les intestins. L’animal gonflait par les gaz et en crevait en une journée.
Cela dit on constate que nous avions des responsabilités très jeunes et il nous semblait bien normal de les assumer.
Vers la fin du printemps il fallait échardonner, ce travail consistait à couper les jeunes charbons avant qu’ils ne soient en fleurs. Car les laisser pousser aurait eu les conséquences fortes dommageables pour les champs de grains. Ne pas le faire aurait pu nous exposer au paiement d’une amende.
Nous partions en famille, avec nos échardonnettes, outil composé d’un long manche en bois muni d’une lame aiguisée qui permettait de sarcler les chardons. Les plus jeunes enfants trouvaient le temps long ou étaient fatigués, alors parfois, le père prenait le plus jeune sur les épaules.
C ‘était un travail long et fastidieux, mais faisant partie des travaux agricoles de l’époque. De nos jours cette opération d’existe plus, c’est le désherbant qui s’en charge.
Ensuite venait l’époque pour semer les betteraves et les déprésser, travail long et pénible qui consister à laisser dans le rang tous les vingt à vingt-cinq centimètres. La terre est basse, les muscles des reins et des cuisses sont sollicités de façon permanente.
Les plus grandes fermes donnaient ce travail à façon, à des percherons ou des bretons qui étaient payés à l’hectare.
Si le dimanche pour les parents, c’était le jardinage, pour nous c’était aller chercher de l’eau à la mare. Cette mare servait aussi au breuvage des animaux, les vaches rentraient presque jusqu’au niveau du museau pour se désaltérer. En hiver il fallait casser la glace pour pouvoir y puiser de l’eau.
Je ne sais pas si je peux ouvrir une parenthèse sur la qualité de l’eau, de la mare, qui était alimentée par les eaux de pluie, provenant des caniveaux et des bordures de route. Parfois le purin provenant des étables venait se déverser dans les caniveaux lors de fortes pluies.
La saison de la fenaison arrivait, mon grand-père évoquait alors cette époque ou on fauchait le foin à la faux. Mais à la ferme de mes parents, nous étions équipés d’une faucheuse herbière, tractée par des chevaux. La faucheuse munie d’un tambour mettait l’herbe en andains. Quelques jours plus tard, l’herbe ayant fané, nous rassemblions trois andains pour en faire un seul. Puis c’était la confection de moyettes tontines. On roulait l’herbe sur elle-même réalisant un rouleau conique lié à l’extrémité avec une poignée d’herbe les cônes posés debout, à la queue leu leu, en attendant de les mettre en bottes.
C’est alors que nous partions, par beau temps, enfants et les parents, au petit matin, la rosée ayant attendri l’herbe sèche et aussi les chaumes, afin d’être moins sèche et hérissée, pour abîmer les mains.
C’est là, que les liens de seigle fabriqués durant l’hiver, servaient à mettre en botte le foin.
L’enfant d’une geste, posait le lien à terre, maman mettait alors tète bêche, deux moyettes ou tontine et papa liait la botte. Restait à venir la charrette pour rentrer le foin à l’abri, à la ferme.
Nous rentrions également, du foin en vrac, non bottelé. Ce foin était alors rassemblé en tas, les plus gros possible. Mon père le piquait avec une fourche dans le tas, j’étais toujours étonné de le voir soulever une telle quantité de foin à la fois et surtout avec quelle adresse, il le disposait au bon endroit dans la charrette.
On semait aussi, pour faire du fourrage pour les animaux, du trèfle de la luzerne et du sainfoin. Pendant la guerre de 39-45, on semait de la cameline pour les graines, qui fournissaient une huile qui entrait dans la composition de la peinture. La paille ressemblait à celle de riz. On exploitait une petite surface, mon grand-père coupait cette plante à la faux, la battait au fléau, pour en récupérer les graines. Cette paille bien droite et propre, me permettait de réaliser des balais appréciés par notre mère et les voisins qui me donnaient vingt centimes, pour chacun.
Mon père quant à lui fabriquait des balais de bouleau, il allait au bois, chercher de jeunes pousses de bouleau et c’est ainsi que j’ai appris à faire des balais. On ligaturait avec un nœud coulant, l’extrémité de la paille et on se servait d’une échelle, pour serrer la corde attachée à un rolon (barreau). L’autre extrémité à un bâton et on faisait levier deux échelons plus bas. Ne restait plus qu’à mettre un manche. C’était en période de guerre et il fallait faire face.
Avec la cameline, je fabriquais également des toupins, des tiges de quinze centimètres, liés au centre, cela remplaçait les poignées de chiendents, pour laver la vaisselle. La corvée vaisselle étant souvent partagée avec les enfants. Faire la vaisselle, aller au jardin pour y chercher les légumes et les éplucher étaient dans nos attributions.
Les adolescents devaient scier le bois, pour alimenter la cuisinière dont le foyer était de petite taille. Des morceaux de vingt-cinq centimètres étaient le maximum. Qu’est-ce que j’ai pesté à ce travail. Mon père affûtait la scie, au début, ça coupait bien, mais pas trop longtemps. Alors mon père pas bien content, me disait : ‘Tu ne sais pas travailler, je t’ai déjà dit maintes fois, de laisser glisser la scie et de la tenir bien droite, dans l’entaille, sans appuyer, tu verras que ta scie coupera longtemps’. Un peu contrarié, mais consolé de l’aide et du soulagement, que j’apportais à ma mère pour qu’elle ait de quoi à, alimenter le fourneau.
Quand on rentrait de l’école ou le jeudi, il y avait cette acceptation, par amour à soulager cette vie de travail sans fin. Les animaux eux aussi exigeait beaucoup de soins. Il fallait chaque jour curer les vaches, leur apporter de la paille fraîche, pour leurs litières. Une fois par semaine c’était le tour des chevaux, qui n’était mis que la nuit à l’écurie. Sans oublier les lapins et les cochons.
Tous ces menus travaux étaient à la charge des adolescents. Les sorties ou les distractions n’étaient à la mode, on ne connaissait pas, donc nous n’y pensions pas.
Une fois par semaine, il y avait le marché, le lundi c’était Bonneval, Brou le mercredi, Illier le vendredi. Mes parents, avaient comme habitude d’aller à Bonneval et s’y rendaient une ou deux fois par mois, pour vendre lapins, œufs et volailles. Si notre mère était satisfaite d’avoir bien vendu, elle achetait un saucisson à l’ail, ce qui rehaussait l’ordinaire.
La vente des animaux se faisait à la ferme. Ma mère se donnait beaucoup de mal pour faire boire un maximum de lait au veau gras. Si ma mère décidait que le veau n’avait pas assez bu, elle remettait du lait sorti du pied de la vache, encore tiède, pour redonner de l’appétit au veau. Les maquignons savaient bien, qu’elle faisait de bons veaux. Ils passaient à plusieurs, faire une offre, parfois une deuxième fois. Ma mère regrettait sa vente ; ‘ Je n’ai pas demandé assez cher ‘ et se culpabilisait.
Une anecdote qui vaut d’être commentée, les petits villages étaient à l’époque reliés à la ville par le tramway. Dans les années trente cela fonctionnait encore, mes parents et les grands-parents avaient chacun leur exploitation. Alors pour éviter de vendre à plusieurs au marché de Bonneval sa production et celle de sa mère, ma grand-mère lui dit non, ‘Tu vas perdre mes poulets’. Le tramway était couvert, mais de chaque côté ce n’était qu ‘ a demi fermé et la grand-mère a perdu les volailles de ma mère.
C’est amusant cependant, en allant à l’école dans les années trente-cinq, parallèle à la route on voyait encore bien les vestiges des rails du tramway. Une gare aux Mortoeuvres existe peut-être encore.
Quelle richesse la campagne à cette époque, dans ses modestes ressources. Un tramway du Grand Bois à Bonneval !!
Je pense que l’on peut maintenant, évoquer la moisson en juillet, le soleil luit, cependant certaines années humides compliquaient sérieusement la vie. Dans la grange des grands parents, il y avait les vestiges d’une javeleuse, mon grand-père m’expliquât alors, l’avantage de cette machine. Elle remplaçait la faux tractée par les chevaux. Elle coupait le blé et des rabatteurs munis de dents mettaient le blé en javelle, plus qu’à assembler deux javelles. On réalisait une botte prête à être transportée.
Mon grand-père a pu acheter assez rapidement, une moissonneuse. Mac Cormick, importée des Amériques. Elle avait fait la traversée enduite de graisse, pour que le sel marin n’altère pas ses qualités. Il y avait encore à cette époque des planches, qui avaient servi à l’acheminement de cette faucheuse lieuse. En attendant la moissonneuse batteuse de nos jours, c’était déjà un progrès considérable.
Elle était tractée par deux chevaux, une large roue motrice en fer entraînait tout un système pour couper et lier les gerbes qui étaient expulsées à terre.
Les paysans de l’époque, furent confrontés au fonctionnement mécanique, il fallait pour palier à de menus inconvénients. Pendant que le chef d’exploitation coupait, la famille s’empressait à rassembler mes gerbes en tas. La moyenne était de neuf gerbes. De temps en temps une gerbe ne sortait pas liée, si cela devenait fréquent, on était grincheux.
Après le repas de midi, tout le monde se rendait à la moisson. A quatre heures environ, on s’asseyait en rond sur des gerbes pour goûter et boire un coup.
Parfois il était plus facile pour ce goûter de rentrer à la maison. Alors un de nous, généralement un enfant allait à la pompe, car il n’y avait pas d’eau courante. Il y avait trois puits au pays. Pour monter l’eau du puits, il y avait une pompe avec un grand volant. Une manivelle de chaque côté. La recommandation : bien faire couler l’eau du puit, par terre avant de remplir ton broc, pour que cette eau soit bien fraîche.
Comme la pompe était à deux cent mères, alors je revenais vite avec cette eau fraîche. On préparait une miéttée au vin sucré, composée d’eau fraîche, de pain taillé en petit morceaux, le tout préparé dans un grand saladier en faïence. Chacun muni d’une cuillère à soupe, plongeait, dans le saladier pour recevoir cette délicieuse fraîcheur.
Etant de sept ans plus âgés que mon frère, j’ai partagé beaucoup de travaux avec ma mère. En été, il y avait toujours à la cave, un pot de lait au frais. On se délectait tous les deux, de ce breuvage bien frais, avec un fromage blanc sur du pain. Quel double rafraîchissement et quel régal !!
Quand les gerbes étaient ainsi rassemblées, en tas alignés, on attendait que le séchage soit bon, pour pouvoir entrer la récolte, à la ferme. Les étés pluvieux pouvaient avoir une très grande influence sur la qualité de la récolte.
Si l’humidité se prolongeait, les conséquences en était jusqu’à faire germer le blé. C’était une véritable catastrophe, il fallait faire vite pour engranger cette récolte. Les petits carcotages n’avaient pas suffisamment d’engrangements, pour mettre cette moisson à m’abris.
On réalisait des meules, dans l’enclos de la ferme. Mon père plantait une fourche en un espace donné, puis à l’aide d’une corde assez longue, il réalisait une circonférence et mettait au sol de la paille propre, pour isoler les gerbes du sol. On déchargeait ensuite les charrettes, un homme sur la charrette, deux à terre, mon père tassait en rond, mes gerbes, moi je lui portais celle qui étaient trop éloignées. Les gerbes s’emplissaient, la meule montait et il fallait à ce moment un homme relais qui montait, dos appuyé à l’échelle, pour les passer à mon père, depuis la charrette. Nous faisions de temps en temps une pause, pour laisser un peu souffler mon père. J’entends encore son expression, et sans gémir ‘Vieux cochon’ qui signifiait allez en reprend le travail. Pour terminer la meule, il ne restait qu’un mètre cinquante, mon père dressait les gerbes debout, pour finir en pointe la meule.
Les gens les mieux lotis faisaient fabriquer une plate-forme à mi-hauteur, qui s’installait sur le rolon de l’échelle. Cela devait certainement moins fatiguant.
Ensuite il fallait redescendre et l’échelle n’allait pas jusqu’en haut de la meule. J’étais alors mort de peur, à chercher le premier échelon de cette échelle. Mais je parvenais à retrouver le plancher des vaches. Ouf !!
Pour le ramassage des tas de blé, les moyettes deux hommes à terre, un qui commandait l’attelage de deux chevaux, l’un devant l’autre. Pour faire avancer, à bonne distance la charrette, le deuxième broctant avec un broc fourche à trois dents, sur la charrette et le tasseur recevant la gerbe. Il les disposait en bonne et due forme pour que la cargaison rentre à la ferme dans de bonnes conditions.
Quand toute la récolte était engrangée, sur la dernière charrette, on plantait une branche d’arbre. Dans les plus grandes exploitations, la charrette était aussi présentée avec la grosse gerbe au patron, c’était pour lui rappeler le bon repas qu’il devait servir signifiant que la moisson était terminée.
Les petits carcotages fêtaient la grosse gerbe en famille.
S’en suivait le déchaumage des champs et le battage, la vie agricole avait son cycle.
C’était le temps de chercher, la nourriture du bétail. J’allais à la faucille, couper des mais verts, les mettant en bottes assez lourdes. Après être rentré de ses champs, mon père attelait le cheval, au tombereau, pour ramener les bottes de mais pour les vaches. Il fallait faire feu de tout bois. A cette époque, les betteraves fourragères sont très feuillues. On arrache les feuilles du pourtour, puis mises en bottes également pour l’alimentation des vaches.
On pratiquait de même, avec les carottes fourragères, mais les fanes étaient destinées aux lapins.
Le cycle sera bientôt bouclé, en octobre c’était la fabrication du cidre. On allait dans les champs et vergers ramasser les pommes. Dans plusieurs champs la culture céréalière, n’était pas intensive, comme de nos jours. On contournait les arbres avec l’attelage. Nous avions suffisamment de pommes à cidre, pour assurer notre consommation annuelle. Nous mettions les pommes dans des sacs de jute, que l’on stockait, dans la loge du pressoir. Les pommes étaient d’abord passées au casse pommes, appareil identique à la coupe racines à betteraves. Elles étaient ensuite mises dans de grands cuviers en bois, pour qu’elles ramollissent un peu. Elles passaient au pressoir à main. On serrait la vis sans fin, sous le clic-clic le jus sortait à plein et la réaction des parents, ne se faisait pas attendre ‘Oh là, pas si vite !! ‘
Nous faisions de la routille au cidre doux, ce cidre était chauffé et on y ajoutait du pain grillé. C’était doux et très bon, mais fort laxatif. Alors doucement sur la consommation !
Souvent on récupérait le marc, en le décompostant, et en le mouillant dans les cuviers. On repassait le marc au pressoir. Cette boisson était destinée, à être consommée assez vite. Le pressoir état chez grand-père, c’est donc là que mon père pressait son cidre. Les deux fermes étaient séparées par une bonne distance et mon père faisait la navette avec une petite remorque attachée à son vélo. Il ramenait le cidre dans des bidons de vingt litres de la laiterie. Il parvenait ainsi à remplir plusieurs fûts de deux cent cinquante litres.
Cela m’amena à une réflexion : le ramassage du lait se faisait dans des bidons de vingt litres, pour y être amené au comptoir des crémiers et des boutiques, le lait conditionné dans des bouteilles de verre, n’est apparu qu’après la guerre de 39-45.
Il existait à l’époque, beaucoup de petites laiteries, qui ramassaient le lait pour elle-même en assurer la distribution aux commerces et aux fromageries.
Pour évoquer encore, qu’à cette époque, il y avait du travail à proximité dans nos bourgs.
Ainsi allant paisiblement, la vie de nos campagnes, ces travaux que l’on, qualifierait ordinaires et sans fin.