Chapitre 3 : la guerre de 1939 à 1945

Publié le par Andre.G

Un grand malheur arriva, la déclaration de la guerre en septembre 1939, entre la France et l’Allemagne

 

Toutes les forces actives de la nation, tous les hommes furent mobilisés. Restait pour assurer la survie du peuple français les femmes, les vieillards et les adolescents. Mon père lui aussi comme tant d’autres, fut mobilisé. J’ai lu de ces lettres, une venait de Saint- Flour. C’est là qu’il a rencontré le curé de Saumeray, lui aussi mobilisé avec le grade de capitaine. Mon père comme cela se devait de saluer les gradés, l’a fait et le curé de lui répondre ‘ Et bien René, tu ne me reconnais plus !! ‘

 

Et la guerre prit une mauvaise tournure, qui n’était plus celle de la première guerre franco- allemande de 1914- 1918.

 

Les allemands bombardaient avec leur aviation, les ponts stratégiques et leur armée gagna rapidement du terrain. Ce fut alors l’exode sur les routes françaises. Les anciens craignaient les boches comme on disait à cette époque.

On ne savait pas cependant, toutes les horreurs que les nazis et la jeunesse hitlérienne étaient capables. On ne pouvait pas imaginer que l’homme soit capable d’une telle cruauté.

 

Presque tout le village est parti sur les routes, toutes les portes sont restées ouvertes, on lâchait les animaux pour qu’ils ne crèvent pas entravés. Grand-mère prenait les lapins par la peau du dos et les jetait à terre. Il y avait un ancien, qui avait une automobile, quand il évoquait la crainte d’évacuer, il disait’ Si je pars je vous le dirais ‘ il est parti sans rien dire à personne.

Alors la décision fut prise : il faut partir.

Mon grand-père et ma mère, chacun tenait un cheval par la bride, attelé à une charrette bâchée. A l’intérieur, les deux garçons André et Claude, notre grand-mère et notre tante Rolande, quelques vêtements, couvertures et de la nourriture. Et nous voilà partit sur les routes. Alors que nous partions, arrivaient chez nous des gens du nord, qui avaient fui leur région. Ne partez pas !! Ne partez pas !! nous suppliaient- ils

Nous venons chez vous pour être en sécurité.

 

Les routes sont remplies d’évacués, il y a des morts dans les fossés. Rien n’y fit, on partait, la désolation et la peur au ventre en direction de Brou et Unverre. Dans le Perche, nous avions des oncles et des tentes. La première nuit, nous avons dormi à La Fontenelle sur la paille, dans une grande écurie. Mon grand-père peu rassuré, tenait près de lui une hache.

 

Nous avons été réfugiés dans le Perche, au Blanchardier, à proximité de Unverre, dans des bocages de prés et de haies. Après une semaine, mon grand-père a rejoint notre village et nos maisons à vélo. Les gens du nord avaient pris soins des animaux, tirant les vaches pour avoir du lait.

 

Nous n’avions aucune nouvelle de nos soldats. Grand-père venu nous rejoindre, nous avions quand même des messages radio, évoquant les avancées des soldats allemands. Ils étaient à Chartres et Châteaudun. Les messages conseillent de renter chacun chez soi, alors nous avons pris la décision de rentrer au village.

 

Nous sommes arrivées avec les deux charrettes, chez grand-père, ma mère s’est vite rendue à notre domicile. Il y avait des motos, des cite cars et des allemands plein la cour. Ils ouvraient tous les meubles et les tiroirs. Notre chien accompagnait notre mère, c’était une très bonne bête, intelligente. Les allemands ont maugrée après le chien, sans plus, mais ont respecté ma mère. Ils venaient donc d’arriver au Grand-Bois, alors il fallait faire avec et essayer de reprendre la vie.

 

Ce fut la débandade de nos troupes, perdues sans commandement. Un soir que notre mère trayait les vaches, je vais jusqu’à la barrière, on était toujours aux aguets, voir s’il n’y avait pas de danger. Au bout de la route, je vis un homme avec un balluchon au dos, j’ai vite couru à l’étable, prévenir ma mère. ‘ Maman, il y a un trimard qui vient ‘ je retourne vite à la barrière et je tombe nez à nez avec le trimard, grande fut ma surprise : c’était mon père qui était là !!

Je cours immédiatement annoncer la nouvelle aux grands-parents et reviens vite. À la maison. Je ne m’étais pas arrêté à mi-chemin, annoncer la nouvelle à tante Hortense, qui en était toute contrariée. C’était une sœur à mon père... Il nous expliqua qu’il n’avait pas d’autre issue que de déserter, pour fuir l’envahisseur. Essayer de rentrer chez lui était son objectif. Des camarades épuisés, à qui il avait proposé de porter le balluchon, ont été faits prisonniers et expédiés en Allemagne. Main d’œuvre intéressante, du fait que les hommes allemands étaient à la guerre.

 

Les prisonniers, non rebelles travaillaient en usine, les paysans étaient envoyés dans des fermes allemandes, ils étaient mieux traités et ont moins soufferts que les prisonniers dans les camps.

 

En Alsace lorraine, à la frontière, occupée par l’ennemi, tout un chacun a pu et peut lire l’histoire de ces années noires. L’extermination du peuple juif. La honte des camps d’extermination, avec la répression des S.S. le peu d’information, le courrier des prisonniers censuré, les camps les plus odieux, on n’avait plus de nouvelles.

 

Le peuple de France était affamé, sur tout dans les grandes villes, ou il était difficile de se nourrir. Il y avait les cartes d’alimentation, suivant le nombre de personnes au foyer. On avait droit à quelques grammes de sucre et de beurre. En campagne, la vie était moins difficile pour se nourrir. On manquait de produits manufacturés, l’huile, les vêtements et les chaussures.

Les allemands réquisitionnaient les matières premières, le fer et le charbon. Même les cloches des églises étaient fondues pour en faire des canons. En campagne, l’envahisseur prenait le grain, le fourrage, les légumes secs. On cachait des produits le mieux possible, parfois les allemands réquisitionnaient des français, pour leur servir d’interprètes.

Les S.S. devinaient qu’on leur cachait des produits, alors ils proféraient des menaces de camps de concentration. Malheur aux français qui les accompagnaient, cela créa de graves suspicions de collaborateurs, vrai ou faux, mais c’était ainsi.

 

Un marché parallèle s’organisa, le marché noir, les grandes villes manquaient de quoi se nourrir. Dans la journée et à la sauvette, les parisiens descendaient dans nos campagnes, à la recherche de toute nourriture, du beurre, des légumes et de la viande. Enfin tout ce qui se mange. Les plus téméraires agissaient la nuit, pour des denrées les plus délicates à transporter, on tuait les animaux.

 

Il y avait les habitués au Grand Bois, on voyait des totoches parisiennes, on pouvait évaluer leur âge, une la quarantaine, l’autre la cinquantaine. On les avait surnommés Nenette et Trottinette. La plus jeune tirait un petit chariot de toile à roulettes, c’était Nenette et la plus âgée suivait en traînant mes pieds, c’est d’ailleurs pour ça qu’elle avait été surnommé Trottinette.

Elles faisaient le tour du village, dans la journée elles concluaient affaires et marchés. Avec les paysans, Et dans la nuit, on tuait le veau gras, chez mes parents, nous l’avons fait par deux fois. Nenette muni d’un marteau, donnait un coup sur la tête.

 

Mon père racontait ‘ Passez-moi le marteau, vous faites souffrir la bête en tapant de cette façon. C’est donc mon père en lui prenant le marteau, qui tuait la bête. Alors le veau était dépouillé vidé, les boyaux et la peau enterrés dans le jardin. La viande détaillée ainsi partait dans le petit chariot, direction Paris. On pensait que ces personnes, voyageait par les transports publiques. Je regrette de ne pas m’être renseigner plus précisément sur leur mode de transport.

Le marché noir était réprimé, si nous avions de la marchandise à vendre, ce n’était pas pour soulager nos compatriotes. Une fois arrivé à Paris, je ne sais pas si ces précieuses denrées, allaient aux plus affamés.

L’argent roi, comme toujours, mais ne soyons pas si insinueux, les difficultés rapprochent les hommes.

 

C’était un gros risque, les allemands étaient partout, dans les villes et dans les trains aussi, jusque dans nos campagnes même les plus reculées.

Il y avait des patrouilles de nuit et le soir venu, c’était l’extinction des feux. Les règles étaient dictées par l’occupant.

 

Un soir tard, lorsque nous écoutions la B.B.C. émise depuis Londres, qui transmettait des informations de l’évolution de la guerre. L’ennemi essayait de brouiller les ondes et écouter cette radio était interdit. Ce soir-là on frappe à la porte, mon père va ouvrir, c’était une patrouille composée de deux soldats allemands. Ils entrèrent dans la maison : un de leur vélo était crevé et ils voulaient réparer à la lumière. Ouf !!

 

On allait à cette époque, à l’école en sabots, pas de chaussures. Nous les faisions briller avec de la cire. Détail au milieu de toutes ces souffrances, les enfants avaient mis en garde, de ne rien accepter des allemands d’emblée. Les S.S. offraient aux enfants ce qui ressemblait à un cadeau, mais en réalité c’était un explosif.

Les français étaient terrorisés par ces affreux personnages. D’ailleurs c’était leur but.

 

Les soldats allemands passaient dans les fermes, pour réquisitionner des chevaux, ils se servaient eux-mêmes à l’écurie, détachaient le cheval, de leurs choix, et en échange laissaient un cheval allemand blessé. C’était de grands chevaux brun ou rouge, hauts sur pattes.

A la campagne, ils entraient dans les boutiques pour se servir en alcools ou cognacs et évidemment sans payer. Au Grand Bois, il y avait une petite épicerie, tenue par un vieux français, qui avait fait la guerre de 1914 – 1918 s’était interposé, à ce genre de rapt, sans être pris en représailles.

 

Il fallait bien que jeunesse ce passe, les réjouissances et les bals étaient interdits par l’occupant. Des bals clandestins s’organisaient dans les greniers et dans des granges retirés. Les jeunes dansaient sur de la musique d’un vieux phono, pendant que d’autres faisaient le gué.

Les hitlériens avaient presque envahit toute l’Europe. Des troupes vinrent à notre secours. La nuit on entendait longtemps, des escortes d’avions qui allaient bombardés l’Allemagne. Il y avait une batterie de D.C.A. à Chartres, on voyait de grands rayons lumineux balayant le ciel, pour repérer ces avions pour tenter de les abattre.

 

La reconquête s’organisait fortement, le général de Gaulle, avait rejoint l’Angleterre, pour organiser la résistance face à l’ennemi. Les F.F.I. forces françaises de l’intérieur, des compatriotes ont pris beaucoup de risques pour leurs vies. Ils s’organisaient pour la reconquête de nos libertés et de notre pays, en paralysant l’armée allemande, par des opérations de sabotage. Les hitlériens étaient furieux, une période douloureuse arriva.

Il y eu des dénonciations de français, par d’autre français. L’ennemi torturait, fusillant à tout va, pour déceler cette résistance.

La gestapo, ces S.S. en grands cirés noirs, embarquaient les personnes, qui étaient vouées à la torture, à la mort ou la déportation. Ces heures noires ont été décrites, dans des livres par les survivants ou par des historiens.

Tel Jean Moulin chef et héros de la résistance française qui fut assassiné à Lyon par le nazie Claus Barbie. Les radios clandestines émettaient des informations codées, que les allemands brouillaient et recherchaient.

A l’approche du débarquement, en Normandie, des avions alliés jetaient des tracs d’espérance, avec aussi le chant des partisans.

 

Un jour, près de notre maison, dans les champs, il y avait beaucoup de petits carnets blancs, tout neuf. Ne n’avais rien trouvé de mieux que de les ramasser et les ramener à la maison. Ma mère était horrifiée, elle me dit : « Mais qu’as-tu fait là ! Si les allemands trouvent ça chez nous, ils vont nous emmener  »  pris de panique, j’ai pris ces carnets et les ai jetés à la mare. Mais ils flottaient à la surface.

 

Les allemands avaient également des prisonniers, sur le sol français. A Saumeray, une dizaine de ces détenus étaient gardés, dans une maison face à l’église. Le matin les soldats allemands armés, les conduisaient pour travailler dans les fermes.

 

A cette époque, il y avait un brassage de population, plus tôt étrange et secret. Des réfugiés du nord étaient restés à Saumeray. Des gens ont habités le château des Rouillyes les Condon, ils avaient trois filles qui allient à l’école avec nous, au Grand Bois.

Nous avions un voisin, qui semblait instruit et cultivé, tout comme les autres après la guerre, ils disparurent du secteur. Pourquoi étaient-ils là ? Cela a toujours était mystérieux

 

Notre voisin monsieur Sassier, pendant ces années, cultivait un grand jardin pour assurer sa subsistance. Il vendait des plans de légumes et de fleurs, il se racontait qu’il était ingénieur. Sa compétence à exploiter la terre, nous avait terriblement surpris.

 

Il y eu aussi pendant cette période, des femmes infidèles, pendant que le mari était prisonnier, et qui eurent des enfants. A son retour, lorsqu’il revenait à la maison, il ne souhaitait pas voir cette enfant illégitime, il était remis à l’assistance publique. Je pense que ces souffrances doivent aussi être évoquées.

De l’autre côté de la frontière, peut- être que la même pratique a du exister.

 

Je suis persuadé que mis à part, cette jeunesse allemande hitlérienne et nazis, n’étaient pas le reflet du peuple allemand, pour en finir avec cette période, et de voir la fin de cette guerre et la liberté espérée.

 

Dans les derniers jours de cette guerre, nous avons eu une autre épreuve. Les français avaient des comptes à régler, si certaines situations paraissaient assez légitimes, d’autres sont restées bien douteuses.

Des personnes se réclamant de la résiste anse voulaient venger la nation, certains individus étaient accusés de collaboration avec l’ennemi. Par exemple, le pont de l’Ile entre Montboisier Alluys. Un couple qui voyageait en voiture à cheval, fut fusillé pire que des chiens. Cet homme faisait partie des réquisitions à Saumeray.

Un autre jour Les F.F.I. ont pris des femmes en otages, du fait qu’elles avaient couché avec des allemands ou ont estimé qu’elles avaient collaboré. Ils ont tondu les cheveux à ras, les ont fait monté dans une bétaillère et les ont exhibée dans les rue de Saumeray.

Il paraît que certain habitant de Saumeray, ont fermé leurs volets à leur passage.

 

Parmi ces femmes il y avait une madame, qui avait sois- disant bénéficié des largesses des prisonniers de l’ennemi, comme main d’œuvre, à l’époque ou son mari était prisonnier en Allemagne.

Des hommes se disant des F.F.I. se sont présentés dans une ferme, ce couple qui n’avait pas d’enfants, n’était pas riches, mais pas nécessiteux non plus. Des gens comme il y en avait tant. Ils ont demandé les deux vélos et la bonbonne de goutte.

J’ai toujours été choqué de cette procédure et en garde un souvenir douloureux.

 

Les plus gros exploitants, recevaient dans leur boite à lettres, des petits cercueils en carton contenant une cordelette avec un nœud coulant.

A cette époque, malgré mon jeune âge, j’ai bien senti que la France ne serait plus comme avant. J’avais quatorze ans.

 

La liberté, la clé des champs au milieu d’une terre de blé, par les chemins creux ou l’on fait paître les vaches de la petite exploitation familiale. Que de rêves me passaient par la tête. Il faudrait agrandir cette ferme pour que cette famille avec quatre enfants, puisse se nourrir et avoir ici de quoi gagner sa vie.

 

Mais la vie et la providence en ont décidé autrement.

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Publié dans Autobiographie

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